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Etre une fille et une mère en même temps, quel tracas !

Publié dans Activmag, mai 2016

 

Nous vivons de plus en plus longtemps, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Et, nous voilà donc confrontées aux problèmes intergénérationnels de manière plus importante et plus durable que cela pouvait l’être pour nos propres mères. Et, pour les plus chanceuses d’entre nous, nous sommes désormais coincées entre le marteau (nos filles) et l’enclume (nos mères). Scanner d’une situation parfois inconfortable ?

 

Quels peuvent être ces problèmes intergénérationnels ? Et bien, il s’agit de ces traditions, de ces rituels, de ces croyances auxquels nous sommes soumis dés notre plus jeune âge. Nous y croyions d’abord fermement, pour faire plaisir à nos parents, puis par habitude et par confort, si bien qu’ils deviennent évidents … avant d’être remis en question par nos enfants !

Une amie à moi me racontait ceci :

J’ai 50 ans, ma fille en a 25 et ma mère 80. Je me sens coincée entre elles deux et je ne sais plus à quelle conviction me vouer. Les valeurs que j’ai reçues de ma mère sont sans état d’âme envoyées au rebut par ma fille.

Ma mère est de la génération du tabouret à 3 pieds : le prêtre, le maire et l’instituteur. Ces trois représentants de l’ordre social étaient très respectés. Elle ne remettait jamais en question ce qui était dit par l’un de ces trois experts. Elle a vécu dans un village en pleine campagne, aux traditions bien campées. Ce qui fait que toute sa vie, elle a gardé le formatage initial transmis de génération en génération.

Ma mère a toléré que je vive avec mon petit copain pendant mes études mais parce que j’avais eu la bonne idée de partir loin et ainsi notre famille proche n’en savait rien. Et, il y avait comme un accord tacite entre nous, quelque chose du genre d’un engagement, l’engagement à épouser mon bien-aimé, une fois les études terminées. Ce que j’ai fait.

Quant à ma fille, elle vit en colocation, avec un garçon et une autre fille. Ils s’entendent bien me dit-elle. Il n’y a aucune équivoque, tout est clair dans la tête de chacun et aussi dans leur corps, semblerait-il. Ce qui n’est absolument pas entendu par ma mère. Et je ne sais pas quoi lui répondre. Qu’est-ce que j’entends, moi, de mon côté ? Je ne sais plus.

Et, il en est de même pour presque tous les choix de vie de ma fille. Ses choix professionnels, ses choix de résidence, son goût pour l’international, ses amours à distance. Je me sens tiraillée par mes valeurs d’origine, par les croyances que l’on m’a martelées des années durant et les nouvelles convictions de mes enfants. Il faut dire que ces dernières ne sont pas que des petits arrangements, de maigres adaptations telles que nous avons connus ma mère et moi. Non, entre ce que pense ma mère et ce que dit ma fille, nous sommes aux opposés. Mais qui a raison et qui a tord ? Et moi, en quoi puis-je croire désormais ?

Comment aider nos jeunes à prendre leurs repères quand nous-mêmes, nous nous retrouvons en difficulté avec nos propres vérités ? Mes certitudes ont un goût de dépassé, leur date limite d’utilisation semble périmée. Et pour ne pas me noyer dans cet océan de doutes, ce sont aux idées de mes enfants que je me raccroche. Je m’identifie à leurs idées tout en abandonnant les projections de mes parents. Mais dans cet exercice, j’ai parfois le sentiment de n’être rien, que ma compréhension du monde n’a été reconnue par personne, ni par mes ascendants, ni par mes descendants. Ressens-tu la même chose ?

Et à moi de lui répondre :

Il me semble que nous, les femmes de cette génération, avons œuvré pour que les changements s’opèrent. Parmi les grandes avancées, reconnaissons que la contraception nous a bien aidées. Mais, comme un jour l’élève dépasse le maître, nous voici dépassées par les idées de nos enfants. Ce qui nous renvoie à l’image que nous avions de notre mère quand nous-mêmes, avions l’âge de nos filles. Et de penser que nous passons pour des ringardes est assez déplaisant. Alors parfois, au lieu d’affirmer nos convictions, nous préférons adopter les idées de nos enfants. Cette solution nous permet de penser que nous sommes encore jeunes et modernes. Mais cette transformation peut parfois nous coûter un problème d‘identité.

 

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©Christine Huchette2015

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